DOUZE POEMES MAROCAINS

BENI MELLAL

à Abdelkrim Jouité

Les orangers bercent la route

le long des montagnes de l’Atlas

Le citron que l’on cueille

est déjà une sculpture

aux grains les plus secrets

Il est là, le citron, sur la table

On le regarde, ému,

en respirant la fleur des orangers

La ville s’élève

Le jour s’évade

BENI MELLAL, ENCORE

Moi je te dis

Regarde

Le grand jour est serein

Tu te dois de le vivre pleinement

Moi je te dis

Regarde

Ce beau jour est serein

Tu te dois de le vivre

car il brave la mort

toujours bien trop pressante

Moi je te dis

Regarde

Ce jour est serein

qui efface les jours tristes

où il nous fallut vivre

quand même

Moi je te dis

Le jour est serein

il réenchante un monde

qui trop souvent désenchante

Moi je te dis

qu’ici

à Béni Mellal

les oiseaux te hissent

jusqu’à la source aimée

dans cette vallée close

où un nouveau Pétrarque s’éprend

d’une Béatrice de l’Atlas

HOTEL DE PARIS

à Ahmed Hafdi

L’hôtel de Paris rayonne au coeur de la ville

où Piaf -frêle oiseau-

précéda Roland Barthes

et son doux grain de voix

Ca chante à Béni Mellal

où le passé accuse les maux du futur

qu’il accule à n’être plus

que ces tristes oranges trop tôt tombées,

meurtries d’avoir trop vite mûri

Béni Mellal va au trot

de mon imagination fougueuse

sur les terrasses amples et belles

où les hommes s’attardent

avant le retour à l’amour

MONTAGNES DE L’ATLAS

Sur ces montagnes tu partiras

demain peut-être

pour trouver la verdeur du printemps

et aimer les jours ordinaires

où la vie se dépose sur les fleurs

CASCADES

à Aziz Douiou

Béni Mellal t’invite

à être le coeur vivant d’un mythe

-le retour aux ancêtres de la poésie

que la montagne protège et sidère

sur ses versants

où les chutes

s’élèvent en cascades

IL PLEUT SUR BENI MELLAL

L’eau, la pluie

tant attendues

pour la vie

qui espère

qui aspire

qui désespère le pire

MON PERE A FES

à Rachid Moumni

Ce matin

à Fès

je pense à lui

sur la place de l’Atlas

devant le café Laborieuse

Je le vois boire une bière

(une Flag sans doute)

et le soleil se lève à peine

sur le Maroc

promis aux sables du désert

par un dimanche très ocre

où mon père me manque

terriblement

dans l’ocre du Maroc

UN DIMANCHE A FES

à Abdou Souitat

Cet après-midi

à Fès

je pense aux jeunes qui traînent leur dimanche

aux couples assis à la terrasse des cafés

aux hommes qui fument en attendant

aux femmes qui se taisent

Dans les ruelles de la Médina

une jeune vendeuse me vante une crème

à manger chaque matin

Les marchands alentour

s’exclament, amusés et coquins:

« C’est un aphrodisiaque! »

Ainsi vont les dimanches

à Fès,

au Requin bleu,

à la Rose des sables,

au café Floria

et aux confins de la Médina

MARRAKECH

à Abderrahman Tenkoul

Il te souvient de la Koutoubia de Marrakech

où tu aimais la vie offerte

et la fenêtre ouverte

sur les palmiers de nuit

et les vagues de l’amour

dans l’intime du jour

et la mélancolie

ancrée déjà au futur

et la douceur des mains

et l’éloge du satin

à la gloire de Saturne

et du Sud marocain

RABAT

à Hassan Najmi

L’élégance ne se décrète

Elle est là, palmier du ciel

-et la voix de Mahmoud

draine encore la vague verte

qui lance les oiseaux

jusque dans le bleu du rêve

HOTEL BALIMA

à Mourad El Kadiri

Une arche se creuse au coeur

des cendres renaissantes

Les écrivains aimèrent ce lieu

où le passé aimante le vent

qu’il nourrit du dedans

UNE LECTURE POETIQUE A RABAT, LE 19 MARS 2012

à Aïcha Bassry

Il y a cette langue

qui d’emblée m’étreint

si familière quoique étrangère

et je cours dans l’étrange de son chant

que les mains du poète

hissent plus haut qu’une danse

et c’est nostalgie

mélancole aussi

et rêve

et longue attente de la fin en suspens

tant cette langue, c’est l’amour

qui guette

qui quête

C’est l’échec et l’élan

c’est un jeu d’échecs

sur un tapis volant

J’écoute tel un orphelin

qui toujours craint l’amour vain

Je suis sourd à moi-même

pour épouser ce chant

qui jamais ne s’absente

C’est une femme

qui ce soir-là

portait le chant

au secret de sa voix

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A propos leuwers

poète, créateur des "livres pauvres"
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