DIX CHANSONS

DIX CHANSONS

1.

Je t’aime je t’aime

(que voulez-vous

c’est mon thème)

Je t’aime je t’aime

(c’est mon jeu c’est l’enjeu

ça fait des envieux)

Je t’aime je t’aime

(ne me jetez pas l’anathème

car l’amour est souffrance

cruelle remembrance)

Je t’aime je t’aime

mais la nuit est si froide

que le Nil nous appelle

loin du Loir trop fade

où s’élonge la mort

2.

«  Méchant Loir  » écrit le poète en sa plainte

pour y noyer sa peine

Nous qui connaissons le Nil

savons que ses eaux y dansent

dans la chaleur et l’érotisme des croisières

Le Loir est trop fluet trop humble

et ensablé souvent

il ralentit la course

Le Nil descend on y consent on y est indécent

A Assouan les amants y encensent le jour

Le Loir très langoureux se pavane nonchalant

entre Blois et Cravant il donne la guigne

on s’évade dans les vignes

C’est le Nil que je préfère

quand même un âne mort parfois

y flotte innocent et puant

Le Loir est trop tranquille

Le Loir c’est une fille

trop effacée et sans galant

3.

La chanson a du bon

c’est une missive

(mais où les timbres?)

qu’on envoie dans le vent

La chanson est un air qu’affectionne le temps

La chanson c’est l’antan qui s’élance en avant

Chanson, mon échanson!

Chante, ma douce chatte!

Mais que le chant est mièvre

sorti de certaines lèvres!

Chansons, disent-ils

Rêvons, disent-elles

Emmêlons nos arpèges

et gagnons les agapes

En toute bonne foi le vieux poète susurre: «  agapé  »

Ce qu’il peut m’agacer, lui

et son car très scolaire de gloseurs essoufflés!

La chanson la chanson

de Ronsard à Verlaine

de Nerval à Goffette

du P’tit Quin-Quin à Charles Pennequin

c’est l’émoi c’est la fête

C’est une course à l’amour

ça monte sur les tours

c’est des livres alentour

Chantons chantons à l’unisson ou non

à toi à nous à tous les hérissons!

4.

L’amour l’amour

ça ne dure pas toujours

ça s’arrête ça revient

ça éclate en plein vol

ça s’écrase sur le sol

c’est comme un avion

(mais dans quelle direction?

avec quelle réaction?)

L’amour l’amour

c’est l’Australie et c’est l’Afrique

c’est l’Amérique et le Mexique

c’est l’encaustique et le fric

c’est toute la clique

ça fait très chic

et puis ça choque

car trop baroque

L’amour l’amour

ça soulève les montagnes (ils disent)

mais ça s’éteint parfois au cabaret «  L’Ange bleu  »

ça fait des bleus

ça suscite le blues

c’est variable sans invariant

parfois ça ment

5.

On ne sait on ne sait

ce qui soudain adviendra du mot glissé dans la phrase

qui aspire à phraser ou à paraphraser

On ne sait on ne sait

comment se débarrasser de l’étreinte d’un mot

qu’on cherche à repousser ou effacer

pour rester libre de se déterminer

en dehors de ce mot dont le phrasé agace

On ne sait on ne sait

s’il faut sur la berge s’allonger ou gamberger

oser conter fleurette à la bergère légère

et rendre au mot son accent sincère

son goût de plaire

-mais pour atteindre quelle vérité?

6.

On ne sait on ne sait

si la capture de l’instant a du sens vraiment

ou s’il faudrait plutôt se contenter d’errer

de faire errance d’esquisser un pas de danse

On ne sait on ne sait

si l’écriture nous ceinture

dans l’entre-deux l’entre-nous-deux

ou dans l’antre et le nœud qui en nous se dénoue

7.

Demain c’est fête des Rois

et tu seras ma Reine

si la fève m’échoit

Tu es mon choix ou quoi?

8.

Il y a, bien sûr,

que j’écris pour toi et par toi

Il y a ces toits qui manquent

Il y a nos corps en désarroi

et le cœur qui défaille

et la faille de ton sexe trop ouvert trop offert

la conscience de l’usure en toutes les postures

Il y a, bien sûr, les souffrances inventées

et l’invention -si pure- qui cloue la souffrance

au sextant de nos errances

9.

Nous sommes l’un contre l’autre

sur le cheval très fier

qui redonne à l’amour

son vrai rythme

son vrai chant

son entêtante vérité

Nous sommes le long du fleuve

et les arbres s’illuminent

et une ville, au loin, nous attend

c’est la vie qui reprend

c’est l’écho qui répond

Je sens si mal l’amour

après qu’il est venu

Longtemps je fus si mort

que chanter je ne pus

Je crains aujourd’hui

de la voir partir avec quelque autre

au sortir de ce bar sordide

-avec la musique des Rita Mitsuko en prime.

On roule

on roule

on roule

comme des amants complices

mais pourquoi la route avance-t-elle si vite

à reculons?

10.

La voiture est un gant

elle suit des fleuves le courant

elle roule dans le doute

puis elle sort de la route

La veille

le bel amant est mort

d’avoir roulé trop longtemps

La roue tourne toujours

et la musique persiste

c’est comme l’amour

qui bizarrement insiste

 

 

 

 

 

 

 

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A propos leuwers

poète, créateur des "livres pauvres"
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