Poèmes de train

LE MONT-VENTOUX

Quand reverrai-je le Mont-Ventoux

qui tant veilla la terre de mes amours ?

Je l’aperçois à peine

de la fenêtre brouillée de mon train

et le bleu de la nuit m’invite à le rejoindre

par grand soleil très dru

pour l’isoler du souvenir exténué

des à-pic où je faillis chuter

en suivant les amis intrépides

qui dans la mort m’auraient abandonné

La pente est raide

et le sommet ingrat

Un vent trop blanc chasse l’amour

qui dévale en tourment

Plus bas

une forêt forte

mord et se tord

dont ma pensée frémit encore

TOUT PRES DE NIMES

Le TGV arrive près de Nîmes

où les rues sont étroites

dans le soir qui frémit

Je pense à mon ami Patrice

à son appel avant d’entrer à l’hôpital

à son « On se reparlera après »

On ne s’est jamais reparlés

Il ne s’est pas réveillé du long coma

que son opération provoqua

Il a quitté notre monde

avec sa discrétion habituelle

Trop affable pour s’opposer

et dire non à la mort

Je songe au « Charroi de Nîmes »

écrit au Moyen-Age

Je songe au charroi des morts

près des rues tristes

dont le TGV s’éloigne sans malice

PAUL VALERY EN AMOUREUX

Je feuillette le livre

où le peintre Jea n Cortot

rend hommage à Paul Valéry

De son pinceau très juste

le peintre calligraphie

l’amour du poète pour la mer

« Marine .

Sur le calme dormeur

Plane la Mer »

Je vois Cortot en éveil

dans le bleu de ses yeux

de quêteur et pêcheur

Je vois aussi de Valéry

la main posée sur le genou

de Jean Voilier

La voile

c’est l’amour

qui se déleste

de Monsieur Teste

La voile

c’est la mort

le fard qui grimace

et le poème qui

dans le bleu

s’efface

LA MORTE DE VALENCIA

Je pense à cette amie espagnole

rejointe souvent à Valencia

Blonde mais décolorée

elle m’accueillait dans la maison maritale

quand bien même elle s’était donnée à moi

l’après-midi

dans un petit hôtel

Peu après

elle mourait

(la mort aussi a ses prématurées)

et je songe aujourd’hui que son beau corps

est dans la terre

en squelette dépecé

La terre est noire

et Elena trop morte

Que ne puis-je lui parler encore

ni revoir son sexe d’un bleu doré

Elle me punit peut-être

de ne l’avoir aidée à vaincre la mort

ce cancer que je ne sus qu’après

et toutes les cigarettes qui l’auront consumée

Elena est là pourtant

un peu

dans ce train

Un jeune Espagnol descend à Montpellier

attendu sans doute par son aimée

comme moi jadis à Valencia

ELENA TOUJOURS LA

Si Elena est morte

Inmaculada lui survit

que je connus dans le même temps

( il y a 25 ans).

Pourquoi l’une dans la mort

et l’autre dans la vie ?

Qui est la plus heureuse ?

Et moi

dans 25 ans

serai-je mort

ou un vieux survivant ?

Serai-je du cimetière

le visiteur ou l’habitant ?

Une aimée se souviendra-t-elle

encore de moi ?

Oui

peut-être Elena

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GEORGES BADIN

Non, point de portrait en pied,

point!

Non, le peintre ici se couche

sur le poème

qu’il couvre

de son corps aimant

comme un regard

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POUR ALLER OU?

La beauté des femmes

me fait penser à la mort

qui s’en va

qui se cache

tant l’élan de la vie surprend

comme serpent

aux délices indécents

et les ceintures se délacent

et, grande près de la lampe,

elle vient, son sexe nu,

me chercher.

Pour aller où?

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L’OISEAU DE NERVAL

Oiseau

mon bel oiseau

près des yeux

près des eaux

Toise le beau

oeil et bec en fuseau

Ose l’Oise

et ses châteaux

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MOI JE TE DIS QUE

Moi je te dis que

lepeintre en dit plus sur la page

que le poète reclus en ses mots qui l’encombrent

Le trait s’efface

le peintre se libère

Le mot, du poète, désespère

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Moi je te dis que

Edik Steinberg, modeste,

importe plus que

Saul Steinberg, prolifique

Art du peu, art du plus

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BRODSKY

Ils disent que je lui ressemble

C’est un peu vrai

mais je n’ai pas sa foi qui le hausse

Je ne m’adonne qu’à l’amour profane

avec des filles de pasteur

que j’entraîne dans mes garçonnières

au parfum de vaseline

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Coco Téxèdre – Daniel Leuwers : Sitôt le septuor

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